
La République démocratique du Congo (RDC) s’impose de plus en plus comme un territoire stratégique pour les projets de crédits carbone, en raison de l’étendue de ses forêts tropicales et de son rôle central dans la régulation du climat mondial. Toutefois, comme le souligne une récente enquête publiée par Mongabay, cette dynamique s’opère dans un contexte préoccupant : l’absence d’un cadre réglementaire clair et opérationnel au niveau national.

Une multiplication rapide des projets carbone
Selon l’article de Mongabay publié en décembre 2024, plusieurs projets de crédits carbone forestiers sont en cours ou en préparation en RDC, portés par des acteurs privés nationaux et internationaux. Ces initiatives reposent principalement sur la conservation des forêts, la réduction de la déforestation et la valorisation du carbone stocké dans les écosystèmes forestiers.
Cette multiplication s’explique par :
– le potentiel exceptionnel du Bassin du Congo en matière de séquestration du carbone ;
– la demande croissante de crédits carbone sur les marchés volontaires internationaux ;
– la faiblesse des barrières juridiques et institutionnelles à l’entrée dans le secteur.
Un vide réglementaire aux conséquences multiples
L’enquête met cependant en évidence une difficulté majeure : la RDC ne dispose pas encore d’un cadre juridique consolidé définissant clairement :
– la propriété des crédits carbone ;
– les conditions d’octroi, de suivi et de certification des projets ;
– la répartition des bénéfices entre l’État, les porteurs de projets et les communautés locales ;
– les mécanismes de contrôle et de transparence.
Cette absence de réglementation expose le pays à plusieurs risques, notamment :
– des conflits fonciers et communautaires ;
– une captation déséquilibrée de la valeur carbone au détriment des populations locales ;
– une perte de crédibilité internationale des crédits générés en RDC ;
– des projets incompatibles avec les priorités nationales de développement durable.
Les communautés locales au cœur des enjeux
Mongabay souligne également les inquiétudes exprimées par des organisations de la société civile et des experts locaux quant à l’implication réelle des communautés forestières. Dans certains cas, celles-ci seraient insuffisamment consultées ou informées, alors même que leurs territoires et leurs modes de vie sont directement concernés.
Or, l’adhésion des communautés locales constitue une condition essentielle à la réussite et à la durabilité des projets carbone, tant sur le plan environnemental que social.
Vers une nécessaire structuration du secteur carbone
Face à cette situation, plusieurs voix appellent à l’adoption rapide d’un cadre réglementaire national sur les crédits carbone en RDC. Un tel cadre devrait :

La position de Décarbone RDC
Pour Décarbone RDC, cette phase de structuration est déterminante. Le développement des crédits carbone en RDC représente une opportunité majeure pour la protection des forêts, la lutte contre le changement climatique et le financement du développement local. Mais cette opportunité ne pourra être pleinement réalisée qu’à travers une gouvernance claire, inclusive et conforme aux standards environnementaux et sociaux internationaux.
Décarbone RDC plaide ainsi pour un encadrement rigoureux du secteur carbone, fondé sur la transparence, la participation des communautés et la souveraineté environnementale de la RDC.
Sarina BETTAVER
Source
Mongabay, « Les projets de crédits carbone se multiplient en RDC malgré l’absence de réglementation », décembre 2024.
Lien : https://fr.mongabay.com/2024/12/les-projets-de-credits-carbone-se-multiplient-en-rdc-malgre-labsence-de-reglementation/

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